Les Éditions de l’Œil
Avoir l’œil aux aguets. Cligner de l’œil, faire de l’œil ou même taper dans l’œil. Faire les yeux ronds, puis les yeux doux... Avoir l’œil, et le bon, ne pas avoir froid aux yeux sans avoir peur de se rincer l’œil de temps en temps, garder les yeux grands ouverts ou encore jeter un œil. Tout est question de regard, ce regard que nous voulons promeneur sur la création vivante dans le monde. C’est ainsi que les éditions de l’Œil s’espèrent passeurs d’images, d’idées, d’arts et d’artistes.

ARTICLE 003 - 07.03.2025
Le commun au cœur du cinquième numéro du Festival parlé, revue annuelle des tables-rondes du festival Cinéma du réel.
En voici un extrait.
Cette année le festival Cinéma du réel se tiendra du 22 au 29 mars, à Paris.
LE COMMUN COMME DEVENIR
Catherine Bizern
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Les « communs » sont ces terres n’appartenant à personne et exploitées par tous afin que chacun puisse se nourrir du fruit de son travail. À partir du XVIIe siècle, en Europe, ils disparaissent au détour de réformes qui permettent à la Noblesse et à l’Église de s’accaparer ces terres. C’est le point de départ du capitalisme. Comme le souligne Silvia Federici dans son intervention au Festival parlé, cette conception communautaire de la terre observée également en Afrique et en Amérique latine à travers des pratiques anciennes liées à la ruralité et fortement portées par les femmes, n’était pas seulement une forme de gestion, elle était une culture, fondée sur le partage.
La préservation des communs, l’accès à des ressources vitales et la défense d’espaces partagés, jalonne l’histoire des luttes au XXe siècle et a connu quelques victoires – en France notamment, au Larzac dans les années 1970, et tout récemment à Notre-Dame-des-Landes.
Désormais, aux biens communs – l’eau, la terre, les forêts, les terres cultivables à préserver –, s’ajoutent les communs négatifs, décharges, sols pollués, centrales nucléaires, déchets de l’anthropocène dont il faudrait bien se soucier collectivement aussi. Se préoccuper des communs, c’est ainsi mener un combat pour l’intérêt collectif contre les logiques privatives d’accaparement des ressources et aussi « de destruction massive du vivant (1) ».
Aujourd’hui, le retour politique des communs est au fondement même de mouvements, celui des zapatistes au Mexique, ou des Soulèvements de la terre en France.
À travers plusieurs films programmés à Cinéma du réel cette année – Resonance Spiral de Filipa Cesar et Marinho de Pina, Direct Action de Guillaume Cailleau et Ben Russell, Terla ta nou de Cécile Laveissière et Jean-Marie Pernelle – la fabrique des communs et les expériences
communautaires étaient au cœur de nos débats. Dans le cadre du Festival parlé, nous nous proposions de rendre compte de ces espaces, ressources, histoires, images et gestes qui invitent à concevoir autrement notre manière de vivre et d’agir au quotidien, à penser autrement notre devenir. Car comme le dit Silvia Federici, expérimenter les communs « ouvre des temporalités plus longues que celles des “grands soirs” éphémères de la rue ». Sans doute raison pour laquelle le ministère de l’Intérieur s’exerçait à faire disparaitre le mouvement des Soulèvements de la terre.
(1) Selon l’expression proposée par Les Soulèvements de la terre.
32 pages - 8,00 euros
sous la direction de Catherine Bizern et Alice Leroy